Jeudi 15 mai 2008

 

Oh captain, my captain !

 

  Pendant un an, la capitaine, c’était moi. Chaque mardi, chaque jeudi midi, quil pleuve ou qu’il vente, j’enfilais mes chaussettes et mes crampons vissés. Et le week end, il y avait match.

 

  La vie d’ma mère, c’était pas facile. Va mettre de l’ordre dans une troupe de filles aux caractères comme ça. Une assemblée de gros tempéraments qui savent déjà, qu’aiment pas les ordres et qui ont toujours, mais alors toujours, leur putain de grain de sel à ajouter ou de sable à coller dans mes rouages. En valeur absolue, c’est à devenir dingue. Pour une boulimique... on est proche de l’enfer. 

 

  Pour une boulimique en thérapie, c’est un champ d’exercice salement méchant, mais ouh,  efficace. Et quand les choses vont mieux entre l’équipe et soi, c’est la preuve sans questions que la santé approche.

 

  C’est pas rien, le rugby. Ce sport-là demande du courage et beaucoup de travail, un gros esprit d’équipe, une tête un brin brûlée. Je me savais puissante, costaud, agressive à l’extrême, et je voulais faire partie d’une équipe dans l’espoir de moins crier de solitude. On ne peut pas y jouer sans un gros engagement, sans sérieux, sans solidarité, sans estime pour les autres. Ca me faisait rêver. J’avais dix-neuf ans, je recherchai désespérement une place et je me suis lancée.

 

 Le feu d’artifice. Le placage foudroyant. L’avant qu’à peur de rien, qui monte et qui découpe. Ca me rendait heureuse. Lorsque j’étais au sol, sonnée, meurtrie, enfouie sous un tas de corps avec le devoir de taper, je me sentais enfin vivante et sortie de ma cage. A l’époque, je n’avais rien d’une fille et le terrain était le seul endroit où ça ne choquait personne.  Du coup, j’ai joué au garçon, joué comme un garçon, gueulé comme un garçon et on m’a faite capitaine. En mai 2007, alors que je touchais le fond de la boulimie, de la peur, des désespoirs nocturnes et des colères diurnes, alors que ma balance affichait vingt kilos de plus, on m’a donné le titre. J’ai cru que j’étais contente. J’ai tenté d’oublier qu’hors-terrain, je me sentais très mal avec ces filles. Oh captain, my captain !

 

 Un an plus tard aujourd’hui…

J’ai joué mon dernier tournoi de capitaine. La nouvelle sera nommée mercredi, une petite brune marrante qui a le sens du jeu. Enfin...

 L’année a été si difficile.

-          Entrée en thérapie en septembre. Un week-end suffit pour tuer mon agressivité quotidienne.

-          Décembre : je découvre avec joie et stupeur les rudiments de la féminité . Je m’achète mon premier Elle. Je pose ma voix. Fini la grande gueularde.

-          Janvier : j’approfondis ma connaissance des vertus de la douceur, du calme et de la patience. J’en ai assez d’attraper des bleus.

-          Février : il fait froid, l’équipe est moins présente et je m’en fiche. La responsabilité devient pesante. Ces filles commencent franchement à m’ennuyer, avec leurs sales caractères. Est-ce que j’ai un sale caractère, moi ?

-          Mars : en match, une fille me rafute méchamment, je tombe au sol,  le cul dans la gadoue et ça ne me fait rien. Aucune envie de lui faire du mal. On pourrait me fouetter que je ne léverai pas la main. Je m’accorde une longue pause.

-          Un mois plus tard, gros tournoi oblige, je dépoussière mes crampons et déterre mon protège-dents de sous une pile de fringues. Ca m’ennuie d’y aller, m’enfin.

Et finalement, c’est magnifique. Je découvre un nouveau bonheur de jouer, juste pour le plaisir, sans jamais s’énerver ; simplement là, bien au chaud dans ma peau, tout aussi efficace mais beaucoup plus heureuse.  Moments inoubliables avec les autres filles. Je suis assez calme et sûre de ma valeur pour prendre doucement les fortes-têtes à part. Pour la première fois, je montre des émotions. Elles tiquent un peu, ne disent rien, mais apprécient je pense.

-          Retour à l’entraînement avec calme et envie.

 

Et aujourd’hui… Je me suis accroupie au bord du terrain et je l’ai observé. Un carré vert frissonne sous un ciel bleu d’azur. Tranquille au pied du H, je me sens bien chez moi. Je joue mon jeu, avec mon équipe, et règle les problèmes, un peu détachée.

 

Cette année, j’ai découvert la vraie moi ; une blonde calme et douce, souple, chaleureuse et féminine. Une princesse. Le rugby, c’était un accident qui ne serait jamais arrivé sans cette maladie… mais je ne regrette rien.

 

Il y a eu tant de bons moments. Visions de matchs et de gros jeu, de pression, de taquet, de courses, de maul, d'essais, de plongée soudaine et de placage royaux. Souvenirs de fous-rires et de longues discussions, de grandes engueulades et de troisième mi temps. Splendeur de mon terrain dans son écrin de vert. Le talent de mon coach, la patience de mon coach. Au talon en mêlée, mes copines contre moi, les yeux sur le ballon. Le souffle de l'adversaire résonne à mon oreille. Une seconde de silence. Juste derrière mes pieds, la neuf avance les mains.

Ces souvenirs là, j'aime.

 

 

 

 

 

 

 

 

par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : melting pot
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Mardi 13 mai 2008

 

 

 

Hum. Je ne sais toujours pas si j’aime la coupe mais, ouuuuh, j’ai bien aimé le coiffeur... sans mauvaises pensées s’il vous plaît.

Il coiffe chez lui, dans le Marais, à deux pas de Saint-Paul. Je sonne et j’entre, un brin gênée. C’est un petit studio mignon. C’est un homme de trente ans, pas très grand, brun, les yeux bleus. Je m’installe sur l’antique fauteuil de barbier face au grand miroir encadré d’ampoules et je lui explique preuve à l’appui que ci, et que ça, et que donc ce serait bien si. Il fouille dans mes cheveux, approuve en ajoutant que, peut-être ? et ça me plaît tout à fait. Alors allons-y.

 

Je suis toujours un peu embarassée ; premièrement parce que je suis chez lui, ensuite parce qu’il coiffe des mannequins parfois, et enfin parce que je suis timide de toute façon. Conversation, pas conversation ? Hum. Je tente. Je souris. Je commente. Je réponds. Je réfléchis à mort.  Je pèse cent trente kilos.

 

Ouh, ça m’ennuie.

 

Et flûte à la fin, je suis blonde, j’ai des escarpins vernis parme aux pieds et ma mission sur Terre n’est certainement pas de faire des discussions intelligentes. Là tout de suite, j’ai juste envie de fermer les yeux d’ailleurs, et flûte à la fin, et je les ferme.

 

Quelle bonne idée.

Bienvenue au paradis.

Pierre coiffe sur cheveux secs. On ne m’avait jamais fait ça avant. C’est aérien. Je respire et me laisse aller. Ses doigts voltigent autour de ma tête. A gauche, à droite, derrière, au dessus, et je sens ses minuscules ciseaux argentés tailler légèrement dans ce qui ne va pas, un petit coup ici, un petit brin ailleurs. Les mèches me tombent en pluie fine sur les épaules, je rêve à des feux d’artifices dorés. Il m’effleure par endroits. Parfois je sens la peau fraîche de ses doigts caresser un instant le bout de mon oreille, le haut de mon front, le creux de ma nuque, et je frissonne, oh, à peine. Il marque une pause. Il farfouille gentiment. Il réfléchit. J’ouvre une paupière. C’est joli. Je souris. Il rigole. « Mam’zelle n’a qu’un œil… ». Un œil que je referme aussitôt, pour retourner au pays des anges…

 

 D’un doux touché du pouce, il me demande de baisser le menton. Pourquoi ? Pour me glisser les mains, les doigts en éventail, de la nuque jusqu’au front, en appuyant un peu, et ça résonne jusque dans les reins, et je me mords la lèvre. Je le sens derrière moi, tout près, tout masculin. Non mais, c’est fini, oui ?

 

 C’est fini, oui… une heure en terre bénie des caresses aux cheveux. Une heure à jouer la princesse entre les mains d’un magicien. Je rouvre les yeux. Il me demande si je dois retourner tout de suite chez moi.

Hé oui, gentil coiffeur ! Tu peux passer trois ans à fignoler les détails à la main, à m’épousseter la peau au sèche-cheveux en tirant mon pull jusqu’aux omoplates, c’est divin, mais je m’en vais.

 

Tout ça pour dire, messieurs, qu’il ne faut pas hésiter à caresser des heures la splendide chevelure de votre demoiselle.


 

Ohoh Blondie

 

par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : Ecriture Ludique
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Mardi 13 mai 2008


Bougainvillier à Hoi An, Vietnam
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Mardi 13 mai 2008
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Lundi 12 mai 2008



    (Voilà une image qui parlera peut-être beaucoup à mes compagnes de groupe... n'est-ce pas qu'elle a du sens pour nous? L'étape d'après, c'est la couleur! Je vous embrasse fort. )



















 Au dehors les citadins se promènent, se prennent par la main, se rassemblent, se séparent, sortent du musée, s’offrent une glace et vivent leur vie de week-end sur le pavé de la place, sous le soleil de mai.

 

Porte 44, trente et une s’apprêtent à arrêter le temps.

 

Il n’est pas encore tard. Inlassablement, l’ascenseur souffle son va-et-vient de machine silencieuse entre le rez-de-chaussée et le haut de la tour. Les portes glissent : cinq femmes sont propulsées vers le vestiaire, où elles abandonnent leurs vêtements de villes pour un pyjama blanc avant de pénétrer dans le laboratoire. Cinq autres les rejoignent, et cinq encore jusqu’à ce que toutes les places le long du mur soient occupées. Trente femmes sont assises en rond et se taisent.

 

Le laboratoire est une grande pièce lumineuse aux parois blanches et nues, meublé d’une table, décoré d’une plante. Près de la porte trône un téléviseur géant. A l’opposé,trois grandes fenêtres laissent voir la place, le dehors et le soleil de mai. On devine la rumeur de ceux qui bougent dehors. Ici, on s’apprête à arrêter le temps.

 

Entre la dernière femme. Elle ne porte pas de pyjama, mais une blouse éclatante qui la couvre jusqu’aux chevilles. Les autres s’agitent discrètement. D’un seul regard, trente paires d’yeux l’observent s’affairer, vérifier, disposer ses instruments près de l’écran avec la calme vitesse des gens compétents. Ici, un microscope ; là un scalpel, plus loin un sthétoscope, une grosse paire de pince, enfn quelques calmants et quelques pansements. Puis elle s’asseoit dans le grand fauteuil qui lui est réservé,  et regarde un moment l’assistance en silence.

 

Un auxiliaire ferme la porte.

 

 

Certaines tremblent déjà. Elle les considère de ses grands yeux clairs. Elle braque la caméra sur elles. A l’écran, les visages défilent.

 

 

Soudain, la femme trébuche sur le jouet de son chien et part d'un grand rire sonore et joyeux.

C’est l’heure…


 

Trente femmes posent leurs pieds à plat; s'adossent au mur et bouclent leur harnais.

 

 

 

 


par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : TCA libérons nous!!!
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Dimanche 11 mai 2008
  Personnalité borderline... c'est nous les boulimiques,  et c'est vraiment pas chouette. Rien que la définition de Wikipédia est difficile... alors à vivre, c'est pas un cadeau. C'est une sale maladie que personne ne mérite. Combien de fois ai-je pleuré de rage en suppliant le mur, le tapis ou mon oreiller de me dire "Mais pourquoi moi, bordel, pourquoi moi? Pourquoi moi, incapable de vivre, pourquoi moi, boulimique, agressive, prisonnière et handicapée avec un trou noir pour passé et l'effort constant, l'échec souvent pour présent? "






Comme je voulais vraiment savoir, je suis allée voir le Joueur de Dés. C'est un grand bonhomme assis sur un nuage. Toute la journée, il fait rouler ses dés; et chaque chiffre qui sort est le destin d'un homme.
  "- Alors, Grand Joueur de Dés là-haut dans le ciel... pourquoi moi?
 - ...   ...   ... Hein? Qui me parle?
 - Moi, ici, la blonde en bas... ici, regarde... dis, pourquoi moi?
 - Ah, toi. Parce que. C'est comme ça. Débrouille toi. Tu m'ennuies.
 - Mais j'en ai marre.
  - Pas mon problème.
 - Mais c'est trop dur.
 - Couche toi par terre et attends la mort.
 - Et c'est tro - zinjuste. Y'e n a qu'on l'air de vachement s'amuser alors que moi je hurle. Même que l'autre jour, hé ben...
 - Tu m'ennuies, petite. Si tu veux vivre, trouve un moyen, serre les dents et bats toi. Sinon, va manger. Va mourir. Je  m'en moque."

Bon.
Il a donc fallu accepter quelques données.

1. Je suis née borderline, ça fait de moi une folle, et je ne suis pas viable.
2. Oui c'est dégueulasse, mais c'est comme ça.
3. Je passe ma journée à faire des erreurs qui ne sont pas ma faute et qui foutent ma vie en l'air. Oui c'est dégueulasse, mais c'est comme ça.
4. Au jour le jour, à la minute, à la seconde, vivre revient à marcher dans un grand champ de ronces.Oui c'est dégueulasse, mais c'est comme ça.
5. Mes malheurs n'intéressent personne. 
6. On est d'accord, c'est dégueulasse.
7. Mais c'est comme ça.

Voilà! Ceci posé, on peut reconstruire, si on la chance de savoir avec qui et comment.

Et ça...c'est vraiment très dur, mais quelle belle histoire...

Ohoh Blondie.
par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : TCA libérons nous!!!
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Mercredi 7 mai 2008

 Travail pour la Fabrique sur ce que vaut un membre.


Je me réveillai un matin fort satisfaite d'avoir un pied. J'en fit part à mon mur.

"Ce pied, déclarai-je, est une merveille.
- Vous n'êtes pas difficile, me répondit le mur. Il est beaucoup trop blanc. 
- Mur, tu n'es qu'un pâle sot.
- Pardon, pardon madame, j'aime un peton doré. Vous n'avez qu'un panard et, vraiment, il est blanc.
- Blanc comme toi, vilain mur.
- J'ajoute qu'il est trop grand. Et trop large du cou. Regardez vos ballerines, les pauvrettes; elles sont difformes.
- Tais toi, laisse-les dormir.Elles ont dansé cette nuit, dansé jusqu'au matin.
- Mais votre lit est vide. Se peut-il qu'un jeune homme par vos yeux attirés, par vos pieds dégoûtés de peur s'en fut allé?
- Ah! perfide, tu connais mes blessures.
Mais tu es trop bête.
Certes, il est trop long, trop blanc, trop large, un peu plat même du bout. Il me manque deux orteils. Mais je m'en moque. Il est à moi. Il fourmille de vie et me décrit le sol. Nu dans l'herbe, un délice! Serré dans une chaussure... bien utile. Et lorsque la vie devient laide et trop lourde, alors je l'entretiens. Je le plonge dans l'huile et le masse de lavande, je le frotte jusqu'au sang pour savoir que je vis. Il reste plat et blanc, mais la salle d'eau sent bon. Nue dans ma serviette, posée sur le carrelage, ce panard devient doux et je redeviens femme. Que fais tu donc, toi, mur, pour te sentir bien mur?"

Ohoh Blondie

par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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Mardi 6 mai 2008

 

"La vieille se souvient. Elle avait vingt et un ans, et venait de commencer une thérapie qui devait durer dix huit mois.

Un matin du huitième -le huitième enfin! - le huitième déjà... -, alors que le printemps verdissait doucement sous son balcon (et au dessus, et dans l'air autour), elle s'étira, sourit, considéra le soleil un instant et décida qu'elle en avait assez.

Elle légiféra donc.

"A partir de ce jour, je ferai les choses bien.
- Bravo.
- C'est à dire que je les ferai comme avant. Mais bien.
- Et comment cela?
- Ma foi, en les faisant comme avant. Mais en pensant à chaque fois, 'c'est bien'. Voilà qui est dit, ad vitam aeternam et in seculas seculorum et qu'on ne me contredise plus là dessus.Mon dieu, que je parle bien"

Et voilà qui fut fait.

Au début, ce fut un devoir. Et puis,petit à petit, elle comprit que vraiment, c'était bien. Sa façon de parler, les mots qu'elle choisissait, le ton, la voix, les vêtements dans son placard, ses rêves et ses défauts, ses silences et ses rires, ses blagues et ses sérieux, c'était bien.
Ni mieux ni moins bien que qui que ce soit d'autre. Simplement, bien.

Elle en fut très contente, et s'en aima d'autant.

 

 Elle s'amusa beaucoup de sa nouvelle idée. Tout était bien, n'était ce pas agréable?

- Comme j'ai bien fermé cette porte!

- Que j'ai bien répondu à Jean!

- Qu'elle est jolie, ma chambre!

 

Elle se surprit même à penser, parfois, que si les choses allaient mal, ça pouvait être de la faute des autres - puisqu'elle, c'était bien.


Enchantée de sa nouvelle vie, elle voulut songer encore, voir s'il ne restait pas quelques part d'autres idées sympathiques comme celle-là.

"Voyons, introduit-elle. Je fais les choses bien, et de mieux en mieux, quand je les fais sans réfléchir; c'est à dire sans trop de tête; mais quand le corps est présent.
C'est donc, poursuivit-elle, que je peux laisser faire et que la vie, la chance, le hasard ou Dieu se chargent de m'apporter ce que je veux. C'est donc que si je lâche prise, tout ira bien.

Alors je vais lâcher prise."

Et son cerveau fut débranché dans l'heure. Elle n'avait plus peur de ne plus tout tenir. Elle savait simplement qu'elle était une fille bien, chanceuse, et que la vie serait ce qu'elle serait, et serait bien si son ventre décidait sans sa tête.

"Après tout... si je suis mes envies, et la voix de mon corps, comment pourrais-je jamais regretter?"

Elle en fut très contente, et s'en aima d'autant. »


 

Ohoh Blondie.

 

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Dimanche 4 mai 2008

  J'ai plus de corps ce soir, où est mon corps ce soir? J'ai plus de moi ce soir, j'ai juste une grosse machine. Elle marche mal et elle pèse lourd. Où est mon moi ce soir?
 
 Je l'entends qui parle; elle est ridicule. Je la sens qui marche; elle est grotesque. Ca n'a pas de rythme, ça n'a pas d'allure, c'est pas ça que je veux, c'est pas ça que je suis. Elle est énorme et rien ne colle. Je l'entends qui parle et c'est beaucoup trop fort.

 Et moi je suis si loin...

Qui sont-ils ces visages, tous ces visages autour?

Qui parle? A qui parlent-ils? A moi peut être? Très vaguement, je vois des regards curieux posés sur moi.

Que disent-ils, les visages?

Ca ne veut rien dire.

Je ne comprends pas.

Tu peux répéter?

Je ne comprends pas.

Je crois que je dois répondre.

Je réponds un truc que j'ai déjà entendu quelque part, et je souris bravement.

A  l'intérieur, je rougis de honte. Je réentends ma phrase, et je me donne des coups de pelle pour me punir.




Merde, laissez moi manger.


Une bouchée pour la vie, c'est un cri pour la vie. Un Kinder dans ma bouche fait de moi une personne. Toute la boîte dans mon ventre, enfin je me détends.

Bien plus tard, le soir venu, je suis pleine à craquer et je ne bouge plus.
Je ne pense plus. Enfin...

Alors s'il faut passer par là, je passerai par là.  Ce n'est pas joli, mais j'ai envie de vivre, et ça n'aura qu'un temps, c'est pas très grave au fond.



Ohoh Blondie.

par OhohBlondie publié dans : Dans la tête communauté : TCA libérons nous!!!
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Samedi 3 mai 2008

 

 

 

 

 

 

La vieille raccroche le téléphone et sourit. Sa petite-fille de vingt ans se porte comme un charme. Alors, malgré tout, elle a fait une fille qui va bien, qui a fait une fille qui va bien. Elle gagne la fenêtre.  Le paisible soleil d’octobre s’étale doucement sur le carrelage. A ses pieds, le chaton se bat contre les grains de poussière dorés qui dansent dans ses rayons. Elle rigole et, d’une main légère, arrange les dahlias posés près du carreau. La tarte sera bientôt prête.

 

      

  La vieille se souvient de ses vingt ans à elle. Les jours de peur passés seule dans Paris à errer dans les rues, assise sur un banc, roulée sur un trottoir, recroquevillée sur un vague quai de gare, à trembler, à pleurer, supplier les passants, parfois se souvenir qu’il faudrait bien rentrer…mais où ? Pour qui ? Terreur ici ou terreur ailleurs, c’est pareil ; sauf qu’au moins dans la rue, il y a un peu de bruit. En banllieue, c’est la mort… mais à Paris, il y a trop de boulangeries. C’est effrayant. Elle jette une par une ses pièces dans le caniveau, les regarde rouler jusqu’à la bouche d’égout, et se sent plus légère. C’est très étrange de n’avoir nulle part sur une carte que l’on appelle chez soi et d’être indifférente à où l’on va se mettre cette nuit. Comme une clocharde… Si elle rentre et se couche, les hurlements vont revenir. Si elle se fait toute petite, immobile, silencieuse sur un minuscule coin du pavé, et qu’elle n’en bouge plus jamais, peut-être que la vie voudra bien l’oublier.

    

   La vieille se souvient . Elle a dû tout réapprendre, comme une poupée cassée, comme un disque rayé, comme une enfant attardée qui laisse tomber gauchement sa fourchette. Elle revit les longues journées passées entre les mains de cette femme à répéter « Bonjour… Bonjour… »  jusqu’à ce que le Bonjour sorte correctement. Vingt ans, se disait-elle, vingt ans, et me voici à transpirer sur des choses qui devraient être naturelles, mais que je ne sais pas. C’était si douloureux. Et elle hurlait de plus belle.

    

  Et puis la vieille se détend et sourit. De fil en aiguille, de « Bonjour » en « Merci », de « Non une autre fois » en « S’il vous plaît madame », elle a fini par accepter tout naturellement, sans faire d’effort aucun, que la vie n’est pas la guerre, et que chaque seconde en amène une autre, gentiment.

 

    La vieille se souvient de ces jours de bonheur à naître lentement à la vie et au calme.

 

Apprendre la timidité, la douce timidité qui fait trembler un peu, parce que l’on comprend soudain qu’en face il y a un autre, et qu’il peut se fermer, si l’on y va trop fort. Découvrir, surprise, que l’on sait même rougir.

 

Apprendre à poser sa voix, à parler à son rythme, à terminer ses phrases, à prendre son temps.

 

Bien finir d’inspirer avant que d’expirer.

 

Trouver sa petite voix, son génie bien à soi qui dit « Ca oui, ça non, ça ça me fait plaisir ».

 

Vouloir prendre soin de soi, ne plus se faire de bleus.

 

Se lever le matin. S’admirer dans la glace.

 

Laisser venir les choses.

 

Avoir des rêves à soi, y croire et pourquoi pas ?

 


 
Ne plus avoir si peur de mourir bientôt.  

Passer de bons moments sans vouloir être ailleurs.

 

Regarder ses deux mains, savoir qu’elles sont capables, tenir sur ses deux jambes, redresser la colonne, sourire doucement, apprendre la confiance.

 

Ne plus craindre demain, et se laisser bercer.

 

Se dire que le mal passe, et balayer l’angoisse d’un geste de la main.

 

Réaliser soudain, « tiens mais… c’est mon amie… »

 

Aimer être une femme et savoir ce que c’est.

 

Sourire à l’intérieur en croisant le matin un jeune homme à la fac frais de sa douche encore,  regard brun, joues nettes et bien rasées, cheveux ébouriffés,  ; laisser venir  deux-trois idées bien amusantes, et se dire on verra…

 

Se maquiller en rose les jours où ça nous prend. Se découvrir, surprise, de nouveaux talents drôles, se promettre qu’un jour on chantera sur scène, cravacher son cheval, galoper en riant.  

 

Foutre la paix aux gens, n’effrayer plus personne.  

 

Cesser d’être violente, oublier l’amertume. Un instant de douceur rachète dix ans de bad…

 

Faire de sa tristesse un bagage au grenier : une jolie valise pleine de souvenirs… de modeste sagesse qui servira toujours.


OhohBlondie
par OhohBlondie publié dans : Dans la tête
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