Travail pour la Fabrique sur ce que vaut un membre.
Je me réveillai un matin fort satisfaite d'avoir un pied. J'en fit part à mon mur.
"Ce pied, déclarai-je, est une merveille.
- Vous n'êtes pas difficile, me répondit le mur. Il est beaucoup trop blanc.
- Mur, tu n'es qu'un pâle sot.
- Pardon, pardon madame, j'aime un peton doré. Vous n'avez qu'un panard et, vraiment, il est blanc.
- Blanc comme toi, vilain mur.
- J'ajoute qu'il est trop grand. Et trop large du cou. Regardez vos ballerines, les pauvrettes; elles sont difformes.
- Tais toi, laisse-les dormir.Elles ont dansé cette nuit, dansé jusqu'au matin.
- Mais votre lit est vide. Se peut-il qu'un jeune homme par vos yeux attirés, par vos pieds dégoûtés de peur s'en fut allé?
- Ah! perfide, tu connais mes blessures.
Mais tu es trop bête.
Certes, il est trop long, trop blanc, trop large, un peu plat même du bout. Il me manque deux orteils. Mais je m'en moque. Il est à moi. Il fourmille de vie et me décrit le sol. Nu dans l'herbe, un
délice! Serré dans une chaussure... bien utile. Et lorsque la vie devient laide et trop lourde, alors je l'entretiens. Je le plonge dans l'huile et le masse de lavande, je le frotte jusqu'au sang
pour savoir que je vis. Il reste plat et blanc, mais la salle d'eau sent bon. Nue dans ma serviette, posée sur le carrelage, ce panard devient doux et je redeviens femme. Que fais tu donc, toi,
mur, pour te sentir bien mur?"
Ohoh Blondie